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    Cardinal, son importance pour un pays ?

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    Depuis l’annonce de l’élévation de Mgr Philippe OUÉDRAOGO à la dignité et à la charge cardinalices,  le 12 janvier dernier, il s’est passé peu de jours où l’on ne s’est pas intéressé au fait du cardinalat et de son importance pour l’Église-Famille de Dieu au Burkina et pour notre pays. Toute une nation en effet, dans sa totale diversité religieuse, s’est réjouie de ce « cadeau du nouvel an » offert par le saint-Père. Chacun y est allé de son interprétation et de sa compréhension du geste du Saint-Père, qui gratifie notre patrie d’un deuxième cardinal, le premier ayant été Paul Zoungrana, rappelé à Dieu le 4 juin 2000. Dans la légitime euphorie des jours qui ont suivi cette nomination, la presse elle aussi y est allée à sa façon. Les uns lisant l’événement avec l’orthodoxie requise, les autres, tentant de trouver dans les remous de l’actualité sa clé de compréhension, l’accueillant complètement loin de l’esprit qui a guidé le Saint-Père. Confusions. Dans une interview accordée par le Cardinal OUEDRAOGO, et qui a fait la une de l’Observateur du 23 janvier 2014, et relayée par les éditions en ligne de lefasonet et de zoodomail, celui qui fait la fierté de tout un peuple, relevait que « la nomination du saint Père est libre et gratuite ». « Il ne me semble pas adéquat, ajoutait-il, encore moins évangélique de penser à une récompense quelconque pour services rendus ». Il donnait ainsi réponse à tous ces écrits aux tendances comparatistes doublées parfois d’une envie forcée d’opposer l’heureux élu à son prédécesseur sur le siège métropolitain de Ouagadougou. Il coupait également court à toutes ces interprétations aux velléités compétitives, susceptibles d’induire à croire en l’existence d’une malsaine émulation au sein de notre épiscopat. Il battait enfin le caquet à tous ceux qui, au mépris du travail collégial abattu par tous les évêques du pays, lui font endosser, la responsabilité des derniers appels à l’ordre adressés aux chrétiens et aux hommes et femmes de bonne volonté, à propos de la situation socio politique nationale. Dans tous les cas, qu’on ne se fatigue plus les méninges à chercher les raisons de cette nomination. François notre frère de Rome, au travers de la lettre individuelle qu’il a adressée à chaque nouveau cardinal en donne le secret : « Le cardinalat n’est pas une promotion, ni un honneur, ni une décoration. C’est simplement un service qui exige d’élargir le regard et le cœur ». Dès lors, la question qui peut intéresser et que bien des Burkinabè se posent, devient celle-ci : « que rapporte cette nomination à notre pays » ?

    Rome plus près du Burkina

    Lorsque le pape nomme un cardinal, il lui attribue automatiquement une église à Rome. Ainsi,  l’illustre élu a désormais un pied à Rome et par conséquent, l’église dont il est issu et son pays avec, devient nécessairement plus proche de Rome, et Rome plus proche de son pays. Concrètement, Mgr Philippe OUEDRAOGO créé cardinal, devient un membre de la curie romaine en tant que collaborateur immédiat du Saint-Père. Celle-ci est d’abord composée d’un certain nombre de services chargés d’assister le pape dans le gouvernement de l’Église universelle. Ces services sont régis par des membres stables, qui résident à Rome, mais aussi, pour faciliter une meilleure compréhension des questions qui se posent à l’Église universelle, ils composent avec des collaborateurs choisis dans le monde entier, dont le cardinal Philippe fait désormais partie. S’il y avait donc à s’enorgueillir, c’est bien à propos que notre pays le ferait, et ne cacherait pas son exultation. Et pour cause. Selon les dispositions du droit canonique, les cardinaux sont « créés » par décret du pape, publié devant le Collège des cardinaux réunis en consistoire, en tant qu’« hommes remarquables par leur doctrine, leurs mœurs, leur piété et leur prudence dans la conduite des affaires ». Et le droit préconise que le cardinal créé, soit déjà une personne établie au moins dans le presbytérat. Mais dans la pratique, il doit être a minima évêque. Si l’on sait qu’il y a 405.000 prêtres catholiques dans le monde dont 4.742 évêques et seulement 120 cardinaux et que c’est au sein de ce petit nombre que le fils de Konéan (près de Kaya) prend place, nous devons être fiers que ce choix du pape ait été porté sur un des nôtres. Il n’est pas superflu de rappeler également, que la nomination de cardinaux est une indication « politique » sur le pontificat en cours et pour la future élection. En outre, les cardinaux étant chargés d’élire le pape, le Burkina Faso a désormais une double voie au chapitre dans les élections à venir, vu que le cardinal Philippe du haut de ses 69 ans, peut élire et être élu lui-même. L’un de nous donc peut être pape un jour pouvons-nous dire.

    Le rite et ses sens

    Considérons à présent le rite qui d’une certaine manière consacre officiellement un cardinal, et qui donne déjà une réponse à notre question principale : l’importance d’avoir un cardinal dans son pays. Le consistoire pour la création des nouveaux cardinaux se déroule actuellement selon le rite introduit à l’occasion du consistoire du 28 juin 1991. C’est sous le pontificat du futur saint Jean-Paul II qu’a été établi son contenu. Au cours de la célébration et après le salut liturgique, le pape lit la formule de création et proclame les noms des nouveaux cardinaux. Le premier d’entre eux s’adresse alors au Saint-Père au nom de ses collègues. Suivent la liturgie de la Parole, l’homélie papale, la profession de Foi et le serment. Ensuite, chaque nouveau cardinal s’approche du pape et s’agenouille devant lui pour recevoir la barrette, ainsi que son titre cardinalice ou sa diaconie. A ce moment, le Pape place la barrette sur la tête de l’impétrant, en disant : « Reçois cette pourpre en signe de la dignité et de l’office de Cardinal, elle signifie que tu es prêt à l’accomplir avec force, au point de donner ton sang pour l’accroissement de la foi chrétienne, pour la paix et l’harmonie au sein du Peuple de Dieu, pour la liberté et l’extension de la Sainte Église catholique et romaine ». In Le nouveau Théo, encyclopédie catholique pour tous). Le Pape assigne à chaque nouveau cardinal une église de Rome (titre ou diaconie) en signe de participation à la mission pastorale du pape sur la Ville Eternelle (Rome). Le rite prévoit ensuite la remise de la bulle de création des cardinaux et l’échange du baiser de paix avec les autres élus et tous les autres membres du collège cardinalice. Enfin, le rite se termine par la prière universelle, le « Notre Père » et la bénédiction finale. Par la suite, souvent au lendemain du consistoire, le pape concélèbre une messe d’action de grâce avec les nouveaux cardinaux auxquels il remet l’anneau cardinalice « signe de dignité, de sollicitude pastorale et d’une plus étroite communion avec le Siège de Pierre ».

    Proclamer la vérité même au péril de sa vie.

    Comme tous les évêques de l’Église catholique romaine, le cardinal reçoit cette charge particulière, pour être le héraut et le défenseur de la vérité du Christ et ce, jusqu’au don de sa vie. Un tel engagement constitue un gain inestimable pour tous. Y aurait-il quelqu’un qui déteste un défenseur de la vérité ? Le cardinal à la suite du Christ, dans une option préférentielle pour les petits, les mal aimés, les marginalisés, offre sa vie pour que tous les hommes et femmes et spécialement ceux des catégories sus citées soient respectés et protégés dans leur dignité. C’est en cela que lorsqu’il dénonce par exemple les éventuelles dérives de choix sociopolitiques ou économiques dans son pays ou dans le monde, il ne fait rien d’autre que l’exercice ordinaire de sa pastorale. Il ne le fait nullement dans l’intention de prendre partie, entendu qu’il est père pour tous, aussi bien des uns que des autres. Un cardinal en tant qu’il est prince de l’Église catholique incarne aussi dans sa personne le signe de l’unité et la communion étroite avec le pape dont il est d’ailleurs le conseiller. Il a préséance partout sauf en présence du Pape, et il peut officier pontificalement dans toutes les églises hors de Rome, en faisant usage de la cathèdre (c’est-à-dire, comme s’il était évêque du lieu en question), ce qui est l’expression tangible de l’unité et de l’universalité de l’église catholique.

    Témoin de la vitalité d’une Église locale.

    Être élevé au rang de cardinal et participer directement au gouvernement de l’Église universelle, font que le cardinal peut être vu comme le témoin d’une certaine vitalité de l’église particulière à laquelle il appartient. Le choix donc du cardinal Philippe OUEDRAOGO met subitement sur orbite, l’Église-famille de Dieu qui est au Burkina Faso. Les valeurs qu’on lui reconnait deviennent celles de l’Eglise catholique au Burkina Faso et celles de l’Église deviennent aussi siennes. Au lendemain de sa création comme cardinal par exemple, les média ont tout de suite mis en exergue, son courage, son ouverture envers les autres croyants, sa tolérance, et « Jeune Afrique » dit de lui « qu’il est une figure montante de l’épiscopat africain » (in JA. N°2767 janvier 2014). Désormais, ce que le cardinal défendait comme valeurs et dont l’écho n’allait pas plus loin que les limites d’un diocèse, bénéficie d’une tribune plus grande, puisque universelle. Avec lui, les media occidentaux un jour interpelleront peut-être, ceux qui prennent pour gageure, le fait de vivre ensemble entre chrétiens et musulmans dans une coexistence pacifique empreinte de tolérance et d’acceptation des différences , la terre des hommes intègres de Philippe OUEDRAOGO, en constituant un exemple vivant.

     

     

     

     

     

     

     

     

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