Homélie de Mgr Séraphin Rouamba
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Frères et sœurs dans le Christ, et vous tous accourus des 4 coins du pays ou venus d’ailleurs pour jubiler avec nous, Soyez tous les bienvenus et que la paix du Christ soit avec vous !
Avec St Paul, je dis : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans le Christ » (Ep. 1, 3-4)
C’est le cri qui jaillit de nos coeurs en cette célébration jubilaire où le Seigneur nous donne de magnifier son nom et de laisser éclater notre joie devant ses merveilles et ses bienfaits sans nombre. 75 ans ! L’Eglise qui est au Gulmu fête les 75 ans de l’installation des premiers missionnaires pour commencer pour de bon l’annonce de l’évangile du salut.
C’est un jubilé, c’est le grand jubilé de notre Eglise au Gulmu. De 50 ans en ses racines bibliques, le jubilé, ou de son autre nom passé dans la tradition de l’Eglise : l’année sainte se fête désormais tous les 25 ans. C’est ainsi que notre dernier grand rendez-vous de ce genre date de 25 ans. C’était précisément les 6, 7 et 8 décembre 1986 quand notre Eglise fêtait son jubilé d’or.
L’année jubilaire qui se fêtait tous les 50 ans, était d’abord consacrée à Dieu et l’on faisait sentir sa souveraineté sur toute chose. Tout était remis entre ses mains ; il est l’unique Seigneur. « Le jubilé sera pour vous chose sainte », dit le Seigneur à Moïse. Et c’est à l’ombre de cette année sainte que tout reprenait vie : les choses et les êtres. Le jubilé transfigurait nos rapports avec la nature, et nos rapports avec autrui : les champs en friche, la terre au repos, l’affranchissement de tous les habitants du pays, le rétablissement de toute justice. Vous voyez bien que les grands bénéficiaires en étaient principalement les pauvres, les petits ; les opprimés, les laissés pour compte. « En cette année jubilaire dit le Seigneur, vous rentrerez chacun dans votre patrimoine. Si tu vends ou si tu achètes à ton compatriote, que nul ne lèse son frère » (Lv. 25, 13)
C’est donc à la lumière de l’Ecriture, (de la Bible !) qu’il faut comprendre le comportement et les paroles du Nazaréen Jésus, qui entre dans la synagogue de sa ville d’adoption et qui affirme qu’il est venu proclamer « une année de grâce du Seigneur ! » C’est clairement affirmer qu’il est venu inaugurer une période jubilaire. Regardez : les aveugles voient ! les pauvres entendent la bonne nouvelle, les opprimés sont libérés, les captifs délivrés, bref, une année de joie, le bonheur enfin à portée de main.
Le jubilée est une remise en cause de notre comportement, une occasion pour nous de tout recentrer sur Jésus-Christ et sur l’homme qu’il est venu libérer. Si vous n’êtes pas au bout du voyage et vous faites une halte pour reprendre souffle, c’est pour repartir d’un bon pied ?. Si vous admirez l’œuvre accompli depuis 75 ans et plus, c’est pour vous donner les moyens d’aller de l’avant, corriger les erreurs, réajuster au besoin le tir et continuer votre marche avec le Christ.
Nous avons besoin de nouveaux Aloys Pitroipa, des Aloys Lankoandé, des Pierre Woba et j’en passe. Nous avons besoin de catéchistes, des laïcs aussi convaincus et tout donnés à l’œuvre d’évangélisation. A ce propos, le congrès national es laïcs qui vient de tenir ses assises à Ouagadougou est lourd de promesses pour l’avenir. Une Eglise fondée par des laïcs se doit de donner aux laïcs d’aujourd’hui toute leur place et leur rôle de premier plan dans l’édification de l’Eglise famille. Nous avons besoin de laïcs engagés et de catéchistes zélés pour le troisième millénaire.
Le jubilé que nous fêtons est celui de l’installation définitive des premiers missionnaires pour l’évangélisation. Certes, les Pères Blancs, Missionnaires d’Afrique, fils du Cardinal Lavigerie avaient fait une incursion éphémère de quelques trois mois avant de replier sur le territoire qui leur était réservé. Il a fallu donc attendre l’arrivée des Pères des Missions Africaines de Lyon en 1936 pour un début d’évangélisation organisée, coordonnée pour une vraie fondation d’Eglise. Mais eux aussi, quelque temps après, en 1948, cèdent la place aux Pères Rédemptoristes qui prennent la relève et s’efforcent de couvrir tout le territoire du Gulmu. Il faut dire qu’entre temps étaient arrivées les Sœurs de Notre Dame des Apôtres pour apporter la touche féminine qui manquait pour l’évangélisation en profondeur et la formation des femmes et des enfants. D’autres congrégations suivront qui viendront renforcer la belle œuvre missionnaire. Nous les saluer tous et toutes et c’est de leur labeur que la moisson s’annonce abondante et prometteuse.
Où sont passés les Alphonse Chantoux et les Marcel Chauvin et tous ces missionnaires intrépides et valeureux ? Il suffit de lever les yeux et de regarder l’avenir. Ils sont là avec nous aujourd’hui. Ne les voyez-vous pas fiers et reconnaissants au Seigneur. Un tel a planté, un autre a arrosé, mais c’est le Seigneur qui fait porter les fruits. Ce n’est pas Mgr Jean-Marie Untaani Compaoré, ni Mgr Paul Yemboaro Ouédraogo qui diront le contraire. Voyez : L’ecole des catéchistes, le petit Séminaire. En 50 ans d’existence, l’Eglise qui est au Gulmu a donné à l’Eglise ses 4 premiers prêtres autochtones (1936-1986 !!!) et depuis lors en 25 ans, 1986-2011, 50 prêtres ! Quelle belle croissance. Aujourd’hui donc l’Eglise du Gulmu compte 54 de ses fils prêtres diocésains et plus de 70 autres, hommes et femmes de diverses familles religieuses, engagés sur divers champs d’apostolat à travers le monde. Quelle belle fécondité !
Nous n’oublierons pas les paroles du Pape Paul VI à Kampala : Africains, vous êtes maintenant vos propres missionnaires ! Alors Filles et fils du Gulmu, vous êtes maintenant vos propres missionnaires. Et pour que votre reconnaissance au Seigneur ne tourne pas court, devenez missionnaires à votre tour et donnez, donnez sans compter et vous verrez que votre générosté stimulera encore le zèle et la générosité de toute votre Eglise Famille. Pour faire de vous tous d’authentiques témoins de Jésus-Christ.
Naguère, du 18 au 20 novembre dernier, Notre St Père, le Pape Benoit XVI, conviait des pasteurs de toutes les régions d’Afrique à Cotonou, pour leur confier symboliquement, son exhortation post-synodale, c’est à dire les fruits du deuxième synode spécial pour l’Afrique qui s’est tenue à Rome du 4 au 25 oct 2009. C’était en Afrique, à Yaoundé qu’il était venu remettre à l’Afrique les instruments de travail pour ce synode, c’est encore en Afrique, cette fois-ci au Bénin qui se rappelait les 150 ans de son évangélisation, c’est là qu’il a convié ses frères, évêques d’Afrique pour leur confier les résultats de cette importante session synodale.
Son thème vous est connu. Il traitait de l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Le titre est très évocateur : Africae munus. C’est à dire, L engagement de l’Afrique pour le Seigneur Jésus-Christ, est un trésor précieux que je confie, en ce début du troisième millénaire à…vous tous. Et ici, il s’agit de l’Engagement de l’Eglise d’Afrique au service de la paix, de la réconciliation et de la justice. Je ne résiste pas à la tentation de vous donner le gout de lire le document. Le Pape dit « Une Afrique qui avance, joyeuse et vivante, manifeste la louange de Dieu. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », comme le faisait remarquer St Irénée, mais il continue : « La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » ; C’est pourquoi, continue-t-il, aujourd’hui encore, une des taches essentielles de l’Eglise est de porter le message de l’évangile au cœur des sociétés africaines, de conduire vers la vision de Dieu. Comme le sel donne gout aux aliments, ce message fait des personnes qui en vivent, d’authentiques témoins. Tous ceux qui grandissent de cette manière deviennent capables de se réconcilier en Jésus-Christ ; ils deviennent des lumières pour leurs frères » (AM, 15).
Votre mission, mes frères : vivre de l’évangile, devenir des personnes transformée, transfigurées, et devenir ainsi des « témoins dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix , comme “sel de la terre“, et “lumière du monde“, pour que sa vie réponde à cet appel : « Lève-toi, Eglise en Afrique, Famille de Dieu, parce que le Père t’appelle ! »
Bien chers frères et sœurs, le jubilé, chaque jubilé, veut faire de nous des hommes debout, à la suite du Christ, débarrassés de toute idolâtrie de l’argent, du pouvoir, des plaisirs, dégagés de toute entrave pour être d’authentiques témoins du monde nouveau déjà au milieu de nous ; que part notre action, humble et tenace, ce millénaire qui commence soit celui d’une ’Afrique réconciliée et qui apporte sa pierre pour la construction d’un monde plus juste et plus fraternel.
Même en ce domaine, nous avons toujours besoin de porte étendard, de porte drapeau. D’exemple qui stimule. Le Seigneur nous en a donné en la personne de sa Mère, Notre Dame d’Afrique, notre Dame du perpétuel secours, l’Etoile de l’évangélisation, Marie notre Mère. Avec Benoit XVI, nous disons : « Que la prière de Marie, Reine de la Paix, dont le cœur est toujours orienté vers la volonté de Dieu, soutienne tout effort de conversion, qu’elle consolide toute initiative de réconciliation, et affermisse tout effort en faveur de la paix dans un monde qui a faim et soif de justice. (cf. Mt 5,6)
JOYEUX ET HEUREUX JUBILE !!!
+SR. Koupéla
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