Dialogue des réligions : la paroisse de Boulsa prie pour l’unité des chrétiens

dimanche 19 mars 2006
par  Ab Joseph KINDA
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JPEG - 8.9 ko « Toi qui est la charité parfaite, fais-nous trouver la voie qui conduit à l’unité dans l’obéissance à ton amour et à ta vérité ». Extrait de la prière d’une semaine tenue dans les différentes communautés chrétiennes de base (CCB) de la paroisse de Boulsa pour l’unité des chrétiens du monde. A cette occasion, nous avons voulu davantage savoir ce qui avait provoqué la fracture et les actions possibles de l’unification des chrétiens (catholiques et protestants). Le curé de la paroisse de Boulsa, le Père Eugenio (P. E) donne sa compréhension des choses à l’Agent d’information du Burkina (AIB) du Namentenga.

S. : Donnez-nous le sens du mot catholique ?

Père Eugenio (P. E.) : Le sens du mot catholique contredit l’esprit que les Juifs avaient. Selon eux, ils étaient les seuls élus de Dieu sur cette terre. Le salut était pour eux uniquement. Mais Jésus à travers les quatre Evangiles, a fait savoir que l’Eglise est universelle, le salut est pour tous les hommes de bonne foi, ouvert à tout le monde sans distinction de race, de couleur, de pays. L’amour de Dieu est pour tous. Catholique qui vient d’un mot grec signifie : ouvert à tout le monde, universel, ce qui est bon.

S. : Pourquoi y a-t-il des protestants et des catholiques ?

P. E. : C’est l’histoire qui en est la cause. Ce n’était pas le désir du Christ. Avec nous sur terre, il a prié le soir du jeudi saint pour que les hommes, ses frères, soient unis, soient des frères d’une même famille. Il a dit ceci : « Dieu, le Père, fais qu’ils soient tous unis, qu’ils soient une seule chose ». C’est ce qu’il a demandé à ses disciples qui se disputaient autour de la question de leadership avant de mourir. Mais les hommes n’ont pas suivi le chemin de l’unité. Ils se sont séparés. La famille chrétienne, malheureusement, s’est divisée.

S. : Quelle était la raison de la division ?

P. E. : Il y a eu une première séparation importante avec les chrétiens de l’Orient. Cela s’est passé à Constantinople en Turquie en 1054. On appelle chrétiens orthodoxes, les chrétiens de l’Orient qui se sont séparés de Rome. Rome est restée l’Eglise-mère. C’est à Rome que Saint Pierre et Saint Paul sont morts. Ils ont été tués par l’empereur romain. La 2e grande séparation a eu lieu vers 1500 avec Luther en Allemagne.

S. : Pourquoi Luther s’est-il séparé de Rome ?

P. E. : Il faut se dire la vérité. A cette époque à Rome, le pape, les évêques, les prêtres ne donnaient pas un bon exemple dans leur mode de vie. Ils s’étaient attachés à la richesse, au luxe, aux choses mondaines. Choqué par ces comportements Luther est retourné en Allemagne, sa terre d’origine, puis il a commencé à réformer l’Eglise avec de bonnes intentions.

Seulement, au lieu de réformer l’Eglise, il a fait une Eglise complètement différente et s’est séparé tout à fait de l’Eglise de Rome. C’est ce qui a abouti au protestantisme. Il s’est fait beaucoup de fidèles et des Eglises se constituaient selon les dogmes de Luther.

Selon lui, il n’y a pas d’autorité que celle de la Sainte Ecriture, il n’y a pas d’Eglise - mère. Toutes les Eglises sont pareilles. Chacun peut interpréter la Sainte Ecriture (la Bible) inspiré par l’Esprit Saint, comme bon lui semble.

Beaucoup de fidèles se sont lancés à créer de nouvelles Eglises, tels Calvin, les Anglicans en Angleterre au temps de Henri VIII et dans les dernières années aux USA, avec l’apparition des Eglises de la Pentecôte, Adventiste, etc.

S. : Pourquoi les orthodoxes se sont séparés de Rome ?

P. E. : Aux premiers siècles du christianisme, il y avait deux grandes capitales, à savoir : Rome et Constantinople.

Mais les jalousies humaines ont fait que les chrétiens de Constantinople et leurs patriarches ne voulaient pas se soumettre au patriarche de Rome qui était le pape. Ils se sont déclarés indépendants. Ils ont tout en commun avec l’Eglise de Rome, toutes les pratiques religieuses sont semblables.

S. : Qu’est-ce qui fait la différence entre les protestants et les catholiques ?

P. E. : Les protestants ont la grande vertu d’aimer la Sainte Ecriture. Ils la connaissent bien. C’est l’Ecriture qui est le guide de la foi et tout ce qui est en dehors de la Bible n’est pas digne de foi. Mais l’Eglise catholique a l’écriture aussi et les 7 sacrements. Surtout le sacrement de l’Eucharistie qui est le corps du Christ qui nourrit dans son Eglise, la foi et l’amour des chrétiens.

S. : Y a-t-il une possibilité de réunification ?

P. E. : Oui. Il y a eu des commissions des théologiens (des grands savants de l’Eglise catholique et protestante) qui se sont réunis pour étudier pourquoi Luther s’est séparé de Rome. Ils ont compris les raisons et ils ont conclu que si les gens s’étaient bien compris dès le début, il n’y aurait pas eu de séparation. La pomme de discorde était le fait que Luther disait qu’on est sauvé par la foi seule. Les catholiques disaient qu’on est sauvé aussi par les œuvres.

La conclusion des théologiens révèle que la séparation était une fausse interprétation qui eut lieu au 16e siècle. Bien sûr, les catholiques savent bien que c’est par la foi dans le Christ qu’on est sauvé et que ce n’est pas seulement par les œuvres. Les protestants savent également que ce n’est pas seulement la foi uniquement. Il faut être aussi une personne honnête pour que Dieu vous aime. Un bandit, Dieu l’aime toujours mais, il faut essayer d’être honnête. Satisfaits des conclusions, des fêtes ont été organisées à travers le monde pour se réjouir de cette nouvelle compréhension mutuelle.

Mais, il ne suffit pas que les théologiens se réunissent et disent qu’on a mal fait de se séparer et on va chercher le chemin d’unité. Il faut plutôt chercher le chemin de l’unité entre nous d’abord, entre les chrétiens catholiques et les protestants qui sont dans nos pays. Ce n’est pas le pape, les responsables orthodoxes et protestants qui vont dire maintenant on est unis.

Ce n’est pas eux. Il faut commencer à faire l’amitié, avec les voisins et dans les familles. Il ne faut pas se critiquer, s’insulter, s’accuser mutuellement. Il faut chercher à faire l’amitié à travailler ensemble. A Boulsa, les catholiques ont aidé les protestants à construire le château-d’eau pour le collège protestant. Ces derniers les ont remerciés. C’est comme cela qu’on peut cheminer, petit à petit, ensemble. Un jour, c’est Dieu qui fera l’unité, ce ne sont pas les hommes, Dieu nous aidera à nous unir.

S. : Comment cela sera-t-il possible comme vous n’avez pas les mêmes pratiques ?

P. E. : Par rapport à l’Eucharistie, nos frères célèbrent de temps en temps, l’Eucharistie, ils l’appellent la sainte cène. La différence c’est peut être l’interprétation. Pour eux, l’Eucharistie est un symbole alors que nous, nous parlons de la présence de Jésus. Toute chose qui n’est pas facile à comprendre. Le jour du décès du Pape Jean-Paul II, le pasteur Roger de France a reçu la communion de l’actuel pape Benoît XVI.

Par rapport à la Vierge Marie, nous disons que nous ne l’adorons pas. C’est une mauvaise interprétation des uns et des autres. On n’adore que Dieu uniquement. La Vierge Marie est la maman de Jésus, nous ne pouvons pas l’adorer. Jamais de la vie. Dans la même lancée, je dirais que nous n’adorons pas les objets (les statues et autres), c’est encore une fausse interprétation. Il faut se dire que nous sommes des hommes et nous avons besoin de voir des choses pour pouvoir prier. On met des statues qui nous aident dans les prières mais ce n’est pas de l’adoration. Les statues ne sont Dieu, loin de là. Ce sont des morceaux de bois, de terre, de pierre qu’on fait.

S. : Actions concrètes possibles pour la réunification ?

P. E. : La première action, c’est la prière. C’est Dieu qui peut changer les cœurs des hommes, ce ne sont pas les hommes. On ne va jamais dire à nos frères : « changez ». Eux aussi ils ne vont jamais dire « c’est à vous de changer ». Ce n’est pas cela, c’est à chacun de changer son cœur pour s’ouvrir à l’autre. C’est pour cela qu’on a célébré cette année, la Semaine de l’unité. Prions Dieu pour qu’il change nos cœurs qui sont souvent pleins d’orgueil, de suffisance, fermés. Il y a aussi l’amour mutuel. Cela, c’est très, très important. Ce ne sont pas les grandes discussions théologiques mais, plutôt de vivre concrètement comme des frères.

On va s’entraider, travailler ensemble pour améliorer les conditions de vie des populations. Nous présentons des projets de nos frères protestants à de grands organismes catholiques comme la Fondation Jean-Paul II pour le Sahel qui ont eu des suites favorables. Nos enfants handicapés sont également reçus à Kaya au centre Morija des protestants. C’est un centre qui est très bien. C’est ce chemin d’amitié, de rapprochement les uns des autres, se saluer. Ainsi, petit à petit, seront créés des liens qui vont permettre, un jour, à Dieu de nous rapprocher beaucoup plus que cela. Pour qu’aux yeux des musulmans et animistes, ils voient que nous croyons. Protestants et catholiques, croient en Jésus sauveur de tous.

S. : Quel appel avez-vous à lancer ?

P. E. : N’ayons pas peur de nous saluer, de parler ensemble, de nous rencontrer. C’est cela qui me semble le plus important. Evitons de dire que l’autre veut me convertir. On se converti tous à Dieu. Et puis, lui, (Dieu) il va faire de nous des frères. C’est ce chemin que nous devons suivre. Ayons beaucoup de courage de nous approcher les uns des autres.

Jean-Baptiste DAMIBA (AIB/Boulsa)
Sidwaya


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