Culture et religion

vendredi 24 septembre 2010
par  Ab Joseph KINDA
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Du 20 au 25 septembre, 2010 se tient à Ouagadougou, la conférence de l’Association Internationale francophone des Ainés ( AIFA). Le thème retenu pour les travaux est : "Patrimoine immatériel : valeur universelle et pratiques sociales en francophonie. Voici la communication y donnée par Monseigneur Anselme T.SANON, archevêque de Bobo-dioulasso.

I. Compris dans le contexte de la diversité culturelle et du pluralisme religieux dans un espace bien ciblé linguistiquement et culturellement, lui-même marqué par les libertés et la laïcité, le thème « culture et religion » appelle quelques modulations d’écriture, que l’expression verbale ne permet pas toujours. Du singulier « culture et religion » nous pouvons dire : La culture et la religion Ou  : La culture et les religions Et au pluriel  : Les cultures et la religion  : Les cultures et les religions

II. On peut avancer quelques généralités sur le mot et la chose : Culture et religion Découlent de la même source Et coulent dans le même lit Sur les eaux de la même rivière Que peuvent être le temps et l’espace Des hommes et de leurs sociétés. Disons brièvement à partir de la culture latine que :

Culture - colo signifie = fréquenter = cultiver = vénérer d’où : se fixent cultura = culture Cultura = agriculture (culture du champ) Cultus = culte, rites Les mêmes pratiques humaines ont engendré trois types de démarches : culturelles, culturale et cultuelles. Certaines langues locales rassemblent en un seul terme « landa » de racine mandé, les croyances, pratiques, coutumes, traditions. A ce niveau, la religion semblerait être rattachée davantage au culte, rituel (cultus) mais la réalité et la vérité des choses nous disent que la dimension culturelle et culturale baigne entièrement en eaux religieuses. Vite advient la distinction jusqu’à séparation et rupture de ce lien tripolaire. Si à la base, la trame des relations ou liens se déroule selon trois pistes : culture agriculture et religion, il faut reconnaitre que les tensions les plus vives concernent la culture et le culte, la culture la culture et la religion/culte religieux. On peut penser ici au patrimoine de l’humanité : matériel, culturel, religieux, moral. Ce fond commun humain incluse les croyances, les pratiques culturelles ou rituelles, les conduites morales liées à toutes les valeurs éthiques autour des grandes causes de l’humanité : vie, mort, vivre-ensemble ... ce sont les traditions (landa). Assez vite, l’agriculture se détache tout naturellement vers l’autonomie foncière de la terre par rapport au ciel, de l’immédiat tangible, proche par rapport au lointain, invisible. Le clivage continue entre :
-  Temporel - éternel
-  Technique - valeurs
-  Quantifiable - immatériel
-  Profane - sacré
-  Matériel - spirituel

Cette évocation de l’évolution culture-religion (culte) montre qu’il ne s’agit pas d’une rupture consommée mais plutôt d’une autonomie apparente. Car de par leur poids le cosmos et le bios, l’environnement et la vie reprennent leur droit. Comme par acquis successif ou progressif, un facteur radical latent affecte tout le processus d’autonomie consciente, interne à ces relations tangentielles ou conflictuelles ; c’est l’intelligence rationnelle de l’homme, bien sûr. La culture et le culte restent grandement pétris de la terre du cosmo-biologique dont ils naissent. La culture et culte ne saurait se dissocier sans détriment du culte.

III. Cependant leur évolution est marquée par de nombreux disfonctionnements au vu des hommes et de leurs sociétés dont surtout leur vison politique, économique et social. Culture et culte, pratiques culturelles et pratiques religieuses sont soumises au crible de la rationalité. Des régimes sont sacrés, d’autres socialistes, ou d’économie libérale, socialiste On peut l’affirmer : les cultures et les cultes/la religion, ont façonné les hommes et la bouille entre eux vient de la manipulation que ceux-ci en font. Alors, coutumes, l’humanité à l’aise en sa maison planétaire deviennent sources d’antagonismes perpétuels. La culture se déploie en multiples harmoniques expriment les vibrations du cœur humain à tout ce qui le touche : musique, poésie gestuelle, architecture, sculpture, peinture, gravure ... Bref en toutes les composantes antiques ou modernes de l’artisanat et des arts. Le culte de son côté se révèle comme un aspect premier et non entier de la religion qui s’exprime en croyances doctrinales, pratiques rituelles et conduites éthico-morales. Selon les temps et lieux le débat s’allume autour d’un tiers intervenant : l’esprit, la raison, la rationalité. Dès qu’il est question de culture et religion, l’esprit sous son mode de rationalité s’anime, soumettant les habitudes et traditions culturelles et les croyantes, rites et conduites morales à sa mesure.

IV. L’art de croire prend ses énergies dans celui du culte, là où l’intelligence fière de sa rationalité se démarquera plus ou moins des pratiques culturelles, rituelles ; religieuses, éthico morales et spirituelles et même mystiques. Mais jusqu’à présent la raison toute aride ne nourrit ni l’intelligence ni l’esprit. Il s’avère que les traditions ancestrales comme les religions du monde persistent à puiser dans l’humus de la religion de la terre, le culte cosmobiologique s’avérant incontournable. Les traditions élaborées, surtout celles de fondations révélées et soutenues par l’écrit-écriture, moins centrées sur le cosmos et le bios, prennent l’anthropos (l’humain) à la verticale du Theos (le divin). Que peut devenir cet humain sans racines dans le cosmos et le bios. Il faut le reconnaître, par un certain choc en retour, cultures et religions interpellées en leur diversité et leurs divergences empruntent un certain chemin du raisonnable. Ainsi le siècle des lumières n’a pu avoir raison des croyances qui se sont démarquées de la crédulité et des vaines croyances. Les habitudes culturelles dont la raison elle-même ont pu être mises en doute. Ce qui a permis de faire la part entre les mentalités ancestrales et les traditions culturelle prises donne une dynamique de modernité. Il en est de même de la laïcité. Elle a nourri des idéologies et pratiques de tout bord : anticléricalisme, sécularisation, areligion et athéisme, pour faire percevoir la laïcité raisonnable, attitude neutre des Institutions étatiques (politiques) vis-à-vis des Institutions religieuses. Cultures - culte et même agriculture soumis au seul tamis de la rationalité (intellectuelle) se réduisent passablement à l’état de spoliation, si on vient à négliger le vivier nourricier de l’être et des raisons d’être de l’humanité raisonnable.

Oui l’homme - l’humain Est né culturel Est né religieux Est né artisan. V. Culture et religion Voici deux jumeaux.

1. Ils se manifestent à travers les mêmes valeurs venant des mêmes sources • Jaillissant au creuset des interrogations fondamentales Vie/mort Procréation Education Relation à autrui : respect Gouvernance des peuples Respect de l’environnement, • Montrant culture et religion s’arque boutant l’une l’autre.

2. Ils disent que matérialité du monde si elle n’est pas opaque à l’esprit ouvre à l’immatérialité de la culture et de la religion. Ainsi la matérialité des cultures et cultes si elle ne se ferme à l’éthique et l’esthétique de l’art, fait accéder à l’immatérialité de la culture et de la religion.

3. De même que jadis avec un fond de moquerie, l’adage disait que la culture est ce qui reste quand on a tout oublié, ainsi à des personnes d’un certain âge, la culture, c’est le fond matériel et surtout immatériel qui se maintient comme source permanente, inaltérable après tous les effets corrosifs des années, de la vieillesse malgré des messages déstabilisant de la modernité : ce que nous pourrions appeler coutumes ancestrales, traditions et surtout valeurs importantes.

4. Ces grandes traditions culturelles sont le vivier des valeurs et richesse de l’humanité exprimant et reconnaissant, ses croyances, conduites et cultes ritualités. Par elle, le culturel et le cultural se rendent matériellement et immatériellement visibles et sensibles à travers les arts et artifices du symbolisme rituel, éthique et esthétique.

5. Culture et religion embrassent l’indicible projet d’humanité souhaité pour l’humanité actuelle conduite jusqu’à la limite des capacités sensibles de l’humain. Le défi majeur est celui du vivre ensemble la différence réciproque, l’union dans la différence. Culture et religion en seront la ressource incontournable si les cultures dialoguent avec les religions, les religions dialoguent entre elles et les cultures acceptent l’inter culturalité comme principe de ce vivre-ensemble.

Culture et religion demeurent sources de grands équilibres Entre l’esprit, qui noue raison - culte - culture, Entre culture artistiques, et cultures scientifiques, technologiques/techniques, aux jointures de l’esprit.


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