Homélie de S.E. Mgr Vito RALLO, Nonce Apostolique du Burkina Faso et du Niger

60ème Anniversaire de l’Ordination sacerdotale et du VIème anniversaire du Pontificat du Pape Benoit XVI
lundi 4 juillet 2011
par  Ab Joseph KINDA
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Le dimanche 3 juillet 2011, les fidèles catholiques ont été conviés à la cathédrale de l’Immaculée Conception de Ouagadougou, pour la célébration des soixante ans d’ordination sacerdotale et du sixième anniversaire du pontificat du pape Benoit XVI. Voici l’homélie y prononcée par le nonce apostolique.

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Soaala laafi zînd ne yâmba !

Chers Frères et Sœurs, c’est un motif de joie profonde pour moi de présider cette Célébration Eucharistique à l’occasion du soixantième anniversaire de l’ordination sacerdotale de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI et du sixième anniversaire de Son Pontificat.

Je salue très cordialement Son Excellence Mgr Philippe Ouédraogo, Archevêque Métropolitain de Ouagadougou, Son Excellence Mgr Séraphin F. Rouamba, Archevêque Métropolitain de Koupéla et Président de la Conférence Épiscopale du Burkina-Niger, ainsi que mes Confrères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce ici présents, et je les remercie pour leur participation et leurs prières aux intentions du Saint-Père qui, il y a soixante ans, a répondu à l’appel de Jésus de le suivre pour le rendre présent dans son Église et pour continuer sa mission d’évangélisation et de sanctification en faveur de ses frères et sœurs.

Je salue également Mesdames et Messieurs les Présidents d’Institutions, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions Diplomatiques, les Membres du Corps Diplomatique et les membres du Corps Consulaire, Mesdames et Messieurs les Représentants Permanents des Organisations Internationales et Interafricaines, le Représentant de M. Maire de la Ville de Ouagadougou, le Représentant de Sa Majesté le Mogho Naaba ; je salue Mesdames et Messieurs les Autorités administratives, politiques, militaires, religieuses et coutumières, les Représentants des Communautés évangéliques issues de la Réforme, les Représentants de l’Islam, les Représentants de la Religion traditionnelle. Je salue les Religieux, les Religieuses et vous tous fidèles chrétiens venus nombreux ainsi que tous ceux qui nous écoutent à travers Radio et Télé Ave Maria.

"La paix soit avec vous".

Chers frères et sœurs, ma présence au milieu de vous est le signe tangible de l’affection pastorale que le Saint-Père nourrit à l’égard de chacun de vous, ici présents, et de tous les burkinabè. Il me plaît ici de me faire l’interprète de ses fraternelles salutations à votre endroit et de sa Bénédiction apostolique en votre faveur.

2. Le Concile Vatican II, dans le Décret « Presbyterorum Ordinis », affirme ceci : « C’est ainsi que le Christ a envoyé ses apôtres comme lui-même a été l’envoyé du Père et par les mêmes apôtres le Christ a fait participer à sa consécration et à sa mission les évêques, leurs successeurs, dont la fonction ministérielle a été transmise aux prêtres à un degré subordonné : ceux-ci sont donc établis dans l’Ordre du presbytérat pour être les coopérateurs de l’ordre épiscopal dans l’accomplissement de la mission apostolique confiée par le Christ » (P.O. n°2).

Ce texte du Concile nous permet d’approfondir la grandeur et la beauté de la vocation à laquelle le Saint-Père a répondu avec la générosité et l’ardeur de ceux qui désirent se mettre au service de Dieu. Le ministère presbytéral qui nous a été conféré est un service en faveur du peuple de Dieu, comme l’a dit Jésus le jour de son Ascension au ciel, « Allez de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). De fait, comme prêtres, nous avons reçu l’office de convoquer le peuple de Dieu, par la proclamation de la Bonne Nouvelle du salut en Jésus Christ et en donnant à tous ceux que Dieu a appelés à Lui (1 P 2, 9) les trésors de la foi contenus dans les Saintes Écritures et dans la vénérable tradition de l’Église.

De ce ministère de convocation de l’Église de Dieu, à travers la Parole vivante et le témoignage de vie, l’apôtre Paul nous a donné un exemple admirable, lui qui ne vivait plus pour lui-même, mais pour le Christ mort et ressuscité (Gal 2, 20). Il invitait le jeune Timothée à proclamer à temps et à contretemps le message de l’Évangile (2 Tim 4, 2). Et il disait de lui-même : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Cor 9, 16). Le ministère qui nous a été conféré au sein du Corps du Christ est aussi un ministère de sanctification, qui se réalise à travers la célébration des Sacrements, en particulier celui de l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne. De fait, en tant que Ministres des Sacrements de l’Église et surtout de l’Eucharistie, nous invitons toute l’humanité à offrir à travers le Christ, vainqueur du péché et de la mort, et dans l’Esprit Saint, une hymne de louange à la gloire du Père (Ep 1, 6). La fonction du prêtre dans l’Église pourtant ne provient pas de l’exercice humain du pouvoir mais de l’Esprit du Christ, lequel a dit être venu pour servir et non pour être servi (Mt 20, 28).

3. La vocation presbytérale, à laquelle le Saint-Père et tous les prêtres ont généreusement répondu, est grande et digne d’honneur, même si c’est un ministère, comme nous le dit le Christ, dans lequel nous devons nous considérer comme des serviteurs inutiles (Lc 10, 17). Mais Dieu, dans sa Providence, a voulu nous associer à Lui pour continuer son œuvre de salut et il a placé « ce trésor incomparable en des vases d’argile » que nous sommes, nous les prêtres : « afin qu’apparaisse que cet extraordinaire pouvoir vient de Dieu et non de nous-mêmes » (2 Cor 4, 7).

Chers Amis, le Saint-Père s’est consacré sans réserve à ce ministère, afin que le Seigneur Jésus soit bien connu, servi, aimé et glorifié. Avec l’imposition des mains de son Évêque, il y a soixante ans, Il a reçu l’Esprit Saint qui l’a configuré au Christ de manière toute spéciale, comme témoin privilégié de sa Résurrection, proclamateur de l’Évangile et pour le rendre aussi présent dans la célébration des Sacrements.

4. Le Saint-Père Benoît XVI a successivement été appelé à l’épiscopat, le 25 mars 1977, et, le 19 avril 2005, il a été élu, par les Pères Cardinaux, 265ème (deux cent soixante cinquième) Évêque de Rome, Vicaire de Jésus Christ, Successeur de l’Apôtre Pierre, Souverain Pontife de l’Église Universelle, cette grande famille de croyants composée de presque un milliard et deux cents millions de fidèles.

Les six ans de son pontificat n’ont pas été faciles. Il a dû affronter des difficultés, des incompréhensions et des amertumes provenant aussi hélas de quelques-uns de ses fils. Malgré tout cela, le Pape Benoît XVI continue la mission reçue avec sérénité et paix intérieure. Quelle est cette mission ? Le Saint-Père, dans une Lettre du 9 mars 2009, adressée à tous les Évêques, a écrit : « La première priorité pour le Successeur de Pierre a été fixée sans équivoque par le Seigneur au Cénacle : ‘Toi… affermis tes frères’ » (Lc 22, 32). Pierre lui-même a formulé de façon nouvelle cette priorité dans sa première Lettre : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (I P 3, 15). À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un Dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein.

« Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. D’où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à cœur l’unité des croyants... À cela s’ajoute la nécessité que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres, pour aller ensemble, même si leurs images de Dieu sont diverses, vers la source de la Lumière – c’est là le dialogue interreligieux. Qui annonce Dieu comme Amour « jusqu’au bout » doit donner le témoignage de l’amour : se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l’inimitié – c’est la dimension sociale de la foi chrétienne, dont j’ai parlé dans l’encyclique « Deus caritas est ». (Lettre de Sa Sainteté Benoît XVI aux Évêques de l’Église Catholique au sujet de la levée de l’excommunication des quatre Évêques consacrés par Mgr Lefebvre, 10 mars 2009).

5. Le Pape est le premier témoin du Christ Ressuscité et le garant de notre foi. À Pierre et à ses successeurs légitimes Jésus a confié aussi bien le Ministère de paître ses agneaux et ses brebis, c’est-à-dire les fidèles et les bergers, que le pouvoir des clefs de son royaume : « Et moi, je te déclare : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).

Le Pape Benoît XVI accomplit sa mission avec grande foi et un inflexible courage, mettant au service de la foi sa grande intelligence et sa profonde culture théologique et humaniste. Il continue à annoncer à temps et à contretemps que Dieu s’est fait homme, que Jésus Christ est le Fils de Dieu. Il n’a jamais élevé la voix pour condamner quelqu’un, mais a toujours proposé avec intelligence claire et profonde, unie à une grande fermeté, l’Évangile à ses fidèles et à tous les hommes qui désirent écouter la voix du Christ à travers son Vicaire. Il nous donne l’exemple pour animer la foi de ses fils et les aider à rester fidèles à leur vocation baptismale et à continuer l’œuvre d’évangélisation aussi bien en Europe qu’en terres lointaines.

Dans l’évangile de ce dimanche, nous avons écouté ce que Jésus a dit à ses disciples : « Tout m’a été confié par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11, 27). Dans le même passage il ajoute : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » (Mt 11, 28-30). Ces mots de Jésus pourraient nous effrayer, mais à la lumière de tout l’Évangile et de tout ce que Jésus a dit et fait, nous comprenons qu’elles sont paroles de vie éternelle.

6. Je commenterai ces paroles de Jésus en me référant à ce que le Pape a dit le 24 avril 2005, jour de la Messe inaugurale de Son Pontificat. Il disait en effet : « Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Église, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par lui, de manière que ce soit lui-même qui guide l’Église en cette heure de notre histoire ».

En commentant l’imposition du pallium placé sur ses épaules, le Saint-Père disait : « Ce signe peut être considéré comme une image du joug du Christ, que l’Évêque de cette ville, le Serviteur des Serviteurs de Dieu, prend sur ses épaules. Le joug de Dieu est la volonté de Dieu, que nous accueillons. Et cette volonté n’est pas pour moi un poids extérieur, qui nous opprime et qui nous enlève notre liberté. Connaître ce que Dieu veut, connaître quel est le chemin de la vie – telle était la joie d’Israël, tel était son grand privilège. Telle est aussi notre joie : la volonté de Dieu ne nous aliène pas, elle nous purifie – parfois même de manière douloureuse – et nous conduit ainsi à nous-mêmes. De cette manière, nous ne le servons pas seulement lui-même, mais nous servons aussi le salut de tout le monde, de toute l’histoire.

(« En réalité, le symbolisme du pallium est encore plus concret : la laine d’agneau entend représenter la brebis perdue ou celle qui est malade et celle qui est faible, que le pasteur met sur ses épaules et qu’il conduit aux sources de la vie... L’humanité – nous tous – est la brebis perdue qui, dans le désert, ne trouve plus son chemin. Le Fils de Dieu ne peut pas admettre cela ; il ne peut pas abandonner l’humanité à une telle condition misérable. Il se met debout, il abandonne la gloire du ciel, pour retrouver la brebis et pour la suivre, jusque sur la croix...)

« Ainsi, le Pallium devient le symbole de la mission du pasteur,... la sainte inquiétude du Christ doit animer tout pasteur : il n’est pas indifférent pour lui que tant de personnes vivent dans le désert. Et il y a de nombreuses formes de désert. Il y a le désert de la pauvreté, le désert de la faim et de la soif ; il y a le désert de l’abandon, de la solitude, de l’amour détruit. Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi, les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction.

« L’Église dans son ensemble, et les Pasteurs en son sein, doivent, comme le Christ, se mettre en route, pour conduire les hommes hors du désert, vers le lieu de la vie, vers l’amitié avec le Fils de Dieu, vers Celui qui nous donne la vie, la vie en plénitude. Le symbole de l’agneau a encore un autre aspect... Jésus ... se révèle comme le vrai pasteur : « Je suis le bon pasteur... et je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 14 ss.). Ce n’est pas le pouvoir qui rachète, mais l’amour ! C’est là le signe de Dieu : Il est lui-même amour...

« Une des caractéristiques fondamentales du pasteur doit être d’aimer les hommes qui lui ont été confiés, comme les aime le Christ, au service duquel il se trouve. « Sois le pasteur de mes brebis », dit le Christ à Pierre, et à moi, en ce moment. Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie : donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence, qu’il nous donne dans le Saint-Sacrement. Chers amis, poursuit le Pape – en ce moment je peux seulement dire : priez pour moi, pour que j’apprenne toujours plus à aimer le Seigneur. Priez pour moi, pour que j’apprenne à aimer toujours plus son troupeau – vous tous, la Sainte Église, chacun de vous personnellement et vous tous ensemble. Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. Priez les uns pour les autres, pour que le Seigneur nous porte et que nous apprenions à nous porter les uns les autres ».

7. Ensuite le Pape nous invite à faire entrer le Christ dans nos vie : « Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie. Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. Amen ». (Homélie à la Messe Inaugurale du Pontificat du Pape Benoît XVI, 24 avril 2005).

8. Le 29 juin passé, le Saint-Père a célébré le soixantième anniversaire de son Ordination sacerdotale à laquelle nous avons associé le sixième anniversaire de Son Pontificat. En cette heureuse occasion je vous invite à prier pour le Pape Benoît XVI, afin que le Bon Pasteur, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère et Reine des prêtres, l’assiste, lui donne toute sorte de bénédictions − la force, le courage, la patience et l’amour − pour gouverner, guider et sanctifier le Peuple saint de Dieu.

Wênd na ning-y fâa barka !

X Vito Rallo

Archevêque tit. d’Alba

Nonce Apostolique


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